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Perdue de recherche : la libido en péri/ménopause

il y a 16 heures
4 min de lecture

Elle était là. Et puis, pof, plus rien, ou presque. Vous regardez votre partenaire avec davantage l'envie de le/la tuer que de vous ruer dans ses bras, et vous vous demandez vaguement ce que vous avez bien pu lui trouver un jour. Est-ce l'usure du couple ? La répartition des tâches qui fait qu'on a du mal à ressentir du désir pour quelqu'un à qui on vient de rappeler, pour la quatrième fois, qu'il faut sortir les poubelles ? Est-ce que c'est physiologique, psychologique, relationnel, ou tout ça en même temps ?

La réponse courte : plusieurs choses à la fois. Et l'une d'elles, souvent sous-estimée, est hormonale. On fait le point ensemble ?



Le désir féminin, ce grand inconnu

La libido féminine est historiquement mal étudiée, et le modèle de référence a longtemps été masculin : supposition de désir spontané qui surgirait sans condition particulière (ce qui n'est pas complètement vrai non plus, mais pour le moment, concentrons-nous sur les femmes). La majorité des femmes fonctionnent sur un mode de désir réactif, c’est-à-dire un désir qui émerge en réponse à un contexte favorable, une stimulation, une atmosphère propice... Bref, pas d’une envie qui tomberait du ciel. Ces conditions sont évidemment moins réunies dans une relation longue et établie, et à cela s'ajoutent...

L’effet des troubles de la périménopause sur l’image de soi : les bouffées de chaleur qui surviennent au mauvais moment, la prise de poids abdominale, le corps qui change sans qu’on l’ait décidé, la fatigue qui s’installe, et. Tout cela peut suffire à éteindre l’envie d’être touchée ou désirée.


Un équilibre hormonal qui se déstabilise

La libido féminine repose sur un équilibre entre plusieurs hormones qui se modifie en périménopause :

  • Les androgènes (testostérone et DHEA) jouent un rôle direct sur le désir, son initiation et la réceptivité. Produits en petites quantités par les ovaires et les glandes surrénales, ils déclinent progressivement avec l’âge, et cette baisse s’accélère en périménopause.

  • estrogènes influencent de leur côté la sensibilité génitale et la lubrification vaginale : leur chute modifie les conditions physiques dans lesquelles le désir s’exprime.

  • La progestérone, enfin, a un effet apaisant sur le système nerveux elo. Selon les femmes et les moments du cycle, sa chute brutale peut provoquer une instabilité qui perturbe le désir autant qu’elle le freine.


Ces trois hormones fluctuent toutes en périménopause, parfois dans des directions différentes selon les jours. L’image d’un simple déficit est trompeuse : c’est un terrain qui se déstabilise, sans oublier la fatigue chronique qui aggrave le phénomène par un mécanisme distinct : le cortisol élevé entre en compétition directe avec la testostérone et en supprime les effets. Le lien entre épuisement et baisse de libido n’est pas donc uniquement psychologique.


Focus sur le SGUM

Quand les estrogènes baissent, les tissus génitaux et urinaires se modifient en profondeur :

  • la muqueuse vaginale s’amincit, perd de son élasticité et de sa vascularisation. ’est ce qu’on appelle l’atrophie vaginale (ou atrophie vulvo-vaginale)

  • Le pH vaginal se modifie, ce qui favorise les infections et les irritations.

  • Les sécrétions naturelles diminuent.

  • L’urètre et la vessie, qui partagent les mêmes récepteurs aux estrogènes, peuvent être également touchés : urgences urinaires, infections répétées, brûlures sont fréquentes.

L’ensemble de ce tableau est appelé le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM). Il touche jusqu’à la moitié des femmes après la ménopause, et contrairement aux bouffées de chaleur qui s’atténuent souvent avec le temps, le SGUM s’aggrave si on ne le traite pas. Avec ce contexte, quand les rapports deviennent inconfortables ou douloureux, le cerveau associe sexualité et inconfort, association qui agit ensuite de façon autonome : moins de désir, moins de rapports, moins de lubrification, plus de gêne. Un cercle dont il est difficile de sortir seule.


Ce qui peut aider

Premier réflexe si vous penser souffrir du SGUM : le traiter. On ne reconstruit pas le désir sur un terrain douloureux. Les hydratants vaginaux à utilisation régulière agissent sur les tissus dans la durée et modifient progressivement le confort, à la différence des lubrifiants ponctuels. La DHEA vaginale (Intrarosa), disponible sur ordonnance, agit localement sur les tissus génitaux sans passage systémique significatif, et améliore la sensibilité et la lubrification. Les estrogènes locaux à très faible dose constituent une autre option efficace.

Pour une baisse de désir plus profonde et persistante, la testostérone est parfois prescrite hors autorisation de mise sur le marché : les données disponibles scientifiques soutiennent en partie son efficacité sur le désir hypoactif (THSD, trouble du désir sexuel hypoactif). Dans les faits, les femmes qui en bénéficient évoquent davantage un regain d’énergie, de tonus et d’élan vital que spécifiquement une hausse du désir sexuel. Des études sont en cours et les données seront plus complètes dans les prochaines mois/années. C’est quoiqu'il en soit une conversation à avoir avec un gynécologue formé sur le sujet, pas une décision à prendre seule. Dormez ! La qualité du sommeil et la gestion du stress ont également un impact direct et documenté sur la libido via le cortisol : une femme dont les nuits sont fragmentées depuis des mois n’a pas les conditions internes pour ressentir du désir, quelle que soit sa situation hormonale par ailleurs. L'article dédié au sujet

Enfin, quand la baisse de libido s’est installée durablement et pèse sur la relation, un suivi avec un.e sexologue ou un.e thérapeute de couple peut être déterminant. Le désir réactif se reconstruit : il a besoin de conditions, sans oublier qu'un couple, ce sont 2 personnes qui doivent travailler dans le même sens.


Quand consulter ?

Dès que la situation vous préoccupe ! Il n'y a pas de limite / seuil de douleur à franchir ! Il mérite d'être adressé au même titre que tous les autres troubes que vous pouvez ressentir. Un gynécologue formé à la ménopause peut évaluer la composante hormonale, proposer des options concrètes et orienter vers d’autres soutiens si nécessaire.


Comme toujours : prenez le temps de noter vos symptomes, pour arriver chez votre soignant.e avec des informations fiables sur votre état, au delà des ressentis vagues.


Pour suivre l'évolution de vos symptômes et arriver en consultation avec des données concrètes, le Journal des symptômes Ventilo est fait pour ça.


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