Testostérone à la ménopause : libido, énergie, muscles… pourquoi de plus en plus de femmes s’y intéressent, et ce que ça change.
Dernière mise à jour : 21 sept.
On parle d’oestrogène, de progestérone, mais plus rarement des effets de la baisse de testostérone sur le corps des femmes en ménopause. Entre les tests autonomes réalisés par les femmes sur elles lorsqu’elles cherchent des réponses à une fatigue persistante, une perte de tonus ou une baisse du désir et les publications scientifiques : un petit fossé à combler.

Article mis à jour le 21 septembre 2026
Ce que l’on sait aujourd’hui de la testostérone
La testostérone n’est pas une hormone “masculine”. Les femmes en produisent également, et ses concentrations diminuent progressivement avec l’âge, sans rupture nette au moment de la ménopause.
Aujourd’hui, la supplémentation en testostérone est étudiée dans un cadre précis, celui du trouble du désir sexuel hypoactif chez les femmes ménopausées. Les données scientifiques disponibles montrent un effet réel, mais limité. Certaines femmes rapportent une amélioration du désir sexuel, avec une augmentation du nombre de rapports jugés satisfaisants, en moyenne de l’ordre d’un rapport supplémentaire par mois. Mais cet effet s’inscrit dans un cadre étroit, et plusieurs limites importantes doivent être posées :
Il n’existe pas de définition biologique claire d’un “déficit” en testostérone chez la femme. Les taux sanguins varient fortement d’une femme à l’autre et sont peu corrélés aux symptômes, ce qui rend leur interprétation complexe en pratique clinique.
Les données sont très limitées en périménopause, alors même que c’est souvent à ce moment-là que les symptômes apparaissent et que les femmes cherchent des solutions.
Les bénéfices souvent évoqués en pratique par les femmes qui en prennent ne sont pas aujourd’hui démontrés de manière robuste dans la littérature scientifique puisque ces questions n’ont tout pas encore été une priorité de recherche.
La question de la sécurité à long terme reste ouverte. Les études disponibles sont de durée relativement courte, et nous manquons encore de données solides concernant les risques cardiovasculaires et mammaires.
Aucune recommandation française (HAS) ne valide actuellement l’usage de la testostérone chez la femme.
Un workshop public organisé par l'agence américaine du médicament (FDA) le 17 septembre 2026 a réuni des spécialistes de la ménopause pour faire le point sur ces connaissances. Plusieurs intervenantes y ont rappelé qu'il n'existe aucune donnée permettant d'établir un taux de testostérone en dessous duquel des symptômes apparaîtraient de façon fiable chez les femmes.
Ce que les femmes en ménopause observent quand elles prennent de la testostérone
Plusieurs femmes parlent d’un délai de quelques semaines, souvent entre 3 et 6 semaines, avant de percevoir des changements, avec une montée progressive.
Sur le plan physique, certaines décrivent une augmentation nette de l’énergie disponible, avec une capacité à reprendre une activité sportive ou à mieux récupérer après l’effort. D’autres évoquent une sensation de force musculaire retrouvée, ou une diminution de la fatigue persistante.
Sur le plan cognitif, plusieurs parlent d’une amélioration de la clarté mentale, d’une meilleure concentration, voire d’une sensation de “brouillard” qui se lève.
Sur le plan sexuel, le désir ne revient pas toujours de manière spontanée et constante, mais plutôt sous forme de réapparition de la motivation sexuelle, d’une capacité à se sentir concernée, intéressée, disponible. Certaines décrivent aussi une amélioration de la réponse sexuelle.
Un point important : ces effets sont souvent décrits comme globaux, et non isolés. La libido revient rarement seule mais s’inscrit plutôt dans un regain plus large d’énergie et d’élan.
Quels dosages ?
En l’absence de traitement spécifiquement dosé pour les femmes, la plupart utilisent des gels transdermiques initialement conçus pour les hommes, à des doses très faibles. Concrètement, cela se traduit par des quantités de l’ordre de 0,01g par jour (avec souvent des ajustements progressifs, et une application quotidienne ou un jour sur deux).
Le suivi biologique existe parfois (testostérone totale, libre, SHBG), mais il n’est ni standardisé, ni toujours jugé utile par les médecins, sachant que les résultats des prises de sang permettent rarement d’expliquer ce que ressent la femme : elle peut avoir un taux considéré comme “bas” sans symptôme particulier, ou au contraire présenter une baisse de désir, de l’énergie ou du tonus avec des valeurs dans les normes. Il n’existe pas aujourd’hui de seuil biologique à partir duquel on pourrait dire : “vos symptômes viennent d’un manque de testostérone”.
Cela complique deux choses :
poser une indication claire
Proposer et/ou ajuster le traitement de manière objective
Un produit spécialement dosé pour les femmes ?
L'Australie, la Nouvelle Zélande, l'Afrique du Sud et le Royaume Uni disposent d'un produit spécifiquement dosé pour les femmes, commercialisé sous le nom d'AndroFeme, sous forme de crème transdermique. Ce produit n'est disponible ni en France ni aux États Unis, ce qui alimente régulièrement l'idée d'un désintérêt pour la santé des femmes. La réalité réglementaire est différente : il revient au fabricant de déposer une demande d'autorisation dans chaque pays, et l'agence américaine du médicament (FDA) réclame des données de sécurité à long terme que les essais actuels ne fournissent pas encore. À ce jour, un seul essai randomisé contrôlé contre placebo a été publié sur ce produit spécifique, portant sur 36 femmes et évaluant son effet sur le trouble du désir sexuel hypoactif. C'est une base clinique concrète mais étroite, ce qui explique en partie la prudence des agences.
Pourquoi ce sujet divise autant
Le débat autour de la testostérone est souvent présenté comme une opposition entre biologie et psychologie.
Chez les hommes, la fonction sexuelle est définie comme un objet médical. Lorsqu’elle est altérée (dysfonction érectile, baisse de testostérone, etc.) il existe des critères, des protocoles, ET des traitements. La réponse pharmacologique est intégrée d’emblée, sans être opposée aux dimensions psychologiques ou relationnelles.
Chez les femmes, il n’existe pas d’équivalent structuré. Le désir féminin reste un objet flou, sans définition opérationnelle stable, sans biomarqueur, et avec peu d’outils thérapeutiques validés. Dans ce contexte, la prise en charge repose majoritairement sur des dimensions psychologiques, conjugales ou sociales. Cela produit plusieurs effets :
l’absence de critères clairs pour poser une indication hormonale
une difficulté à considérer la biologie comme un levier légitime chez les femmes
une tendance à renvoyer les symptômes vers des explications contextuelles (charge mentale, relation, fatigue globale)
Ce que ces retours posent comme question
Les témoignages des femmes prenant de la testostérone ne permettent pas de conclure à une efficacité généralisable, néanmoins, ils mettent en évidence trois éléments importants :
les effets perçus dépassent le cadre du désir sexuel étudié dans les essais
les pratiques actuelles reposent sur des ajustements empiriques, faute de cadre clair
il existe une cohérence dans les effets décrits, malgré l’absence de standardisation
Évidemment, les témoignages de ces femmes ne remplace pas la science, mais il est temps de se pencher sur la question.
Sources
Davis SR et al. (2019). Global Consensus Position Statement on the Use of Testosterone Therapy for Women.
Parish SJ et al. (2021). International Society for the Study of Women’s Sexual Health (ISSWSH) Clinical Practice Guideline.
Endocrine Society. Clinical Practice Guidelines on Androgen Therapy in Women.
North American Menopause Society (NAMS). Position Statements.
European Menopause and Andropause Society. Recommendations and consensus papers.
Braunstein GD et al. (2005). Safety and efficacy of a testosterone patch for HSDD.
Davis SR et al. (2008). Randomized controlled trials on testosterone therapy in women.
INSERM. Publications on hormonal health and menopause.
Article de presse Le Monde
FDA, Office of Women's Health / Center for Drug Evaluation and Research. Public Workshop: Testosterone Use in Menopausal Women, 17 septembre 2026.


Commentaires