La DHEA : ce que c'est, à quoi ça sert et pourquoi ça compte à la ménopause
- il y a 6 jours
- 4 min de lecture
La DHEA commence à figurer parmi les compléments de plus en plus de femmes en périménopause. Elle fait l'objet d'études sérieuses depuis trente ans. Et pourtant, elle reste mal comprise, souvent réduite à une hormone anti-âge ou confondue avec un simple complément alimentaire. On fait le point ?

Qu'est-ce que la DHEA ?
La DHEA (déhydroépiandrostérone) est une hormone produite principalement par les glandes surrénales, situées au-dessus des reins. Les ovaires et le cerveau en fabriquent également en petites quantités.
La particularité de la DHEA est qu'elle n'agit pas directement sur l'organisme. Elle circule dans le sang sous forme inactive, puis se convertit localement dans chaque tissu en estrogènes ou en androgènes (dont la testostérone), selon les besoins propres à ce tissu. Le vagin, la peau, le cerveau et les muscles n'en tirent pas la même chose, ce mécanisme s'appelle l'intracrinologie. Il a été décrit par le chercheur québécois Fernand Labrie à partir des années 1980 et explique pourquoi la DHEA a des effets aussi variés selon les femmes.
Pourquoi la DHEA chute à la ménopause
La production de DHEA atteint son pic vers 25 ans, puis décline régulièrement. À la ménopause, elle a diminué d'environ 80 % par rapport au niveau de jeunesse.
Ce déclin commence dès la trentaine et se poursuit après la ménopause. Quand les ovaires cessent de produire de l'estradiol, la DHEA devient la seule source à partir de laquelle les tissus peuvent encore fabriquer des hormones sexuelles localement : son déclin prend donc une importance particulière à cette période.
À quoi sert la DHEA en périménopause et ménopause ?
1.Libido et désir. La conversion de la DHEA en testostérone dans les tissus génitaux joue un rôle direct sur le désir, l'excitation et la sensibilité. Les données cliniques sur ce point sont parmi les plus solides.
2.Énergie et tonus musculaire. Les effets androgéniques de la DHEA contribuent au maintien de la masse musculaire et à un niveau de vitalité général. Ces effets existent mais varient selon les femmes.
3.Atrophie vulvovaginale et douleurs lors des rapports. La prastérone (DHEA en ovule vaginal), commercialisée sous le nom Intrarosa®, a obtenu une AMM européenne pour le traitement de la dyspareunie liée à l'atrophie post-ménopausique. En usage local, elle agit sur les tissus vaginaux sans passage sanguin significatif. Elle est disponible en France sur ordonnance depuis 2019.
4.Peau, cognition, humeur. Des améliorations ont été observées dans plusieurs études. Les données sont cohérentes mais suffisamment variables pour ne pas en faire une certitude.
La DHEA agit-elle sur les bouffées de chaleur ?
Non. Les bouffées de chaleur sont liées à la chute d'estradiol. La DHEA ne compense pas cette chute de façon cliniquement significative. Si les bouffées de chaleur sont au premier plan, un traitement hormonal complet doit être discuté avec un médecin.
La DHEA protège-t-elle les os ?
Les données disponibles ne permettent pas de conclure que la DHEA protège la masse osseuse de façon fiable. La prévention de l'ostéoporose post-ménopausique relève de l'estradiol et d'autres traitements spécifiques.
Quelle différence entre DHEA orale et DHEA vaginale ?
La DHEA orale est disponible en France comme complément alimentaire, sans ordonnance, à des doses généralement comprises entre 10 et 50 mg par jour. Elle passe par le foie avant d'être distribuée dans l'organisme.
La DHEA vaginale (Intrarosa®, 6,5 mg) est un médicament sur ordonnance, avec une indication précise : l'atrophie vulvovaginale symptomatique. Son action est locale, ce qui limite les effets systémiques. Elle dispose du niveau de preuve le plus élevé à ce jour.
Ces deux formes ne sont pas interchangeables. Elles n'ont pas les mêmes indications, les mêmes profils d'effets ni le même statut réglementaire.
Pourquoi les dosages sanguins de DHEA sont peu utiles
La DHEA agissant dans les tissus et non dans le sang, un dosage sanguin reflète ce qui circule, pas ce qui est produit localement dans chaque organe. Deux femmes avec le même taux sanguin de DHEA peuvent avoir des réponses très différentes à une supplémentation.
Les médecins expérimentés dans ce domaine privilégient l'observation des effets ressentis sur plusieurs semaines plutôt que l'objectif d'un chiffre de laboratoire.
Pour qui la DHEA peut-elle être pertinente ?
La DHEA peut être une option à explorer si vous êtes en périménopause ou ménopause avec des symptômes liés à la libido, à l'énergie ou à la sécheresse vaginale, notamment si vous ne souhaitez pas ou ne pouvez pas utiliser d'estradiol.
Elle ne remplace pas une consultation médicale. Les contre-indications existent, en particulier en cas d'antécédents de cancers hormono-dépendants. Les doses et la forme adaptée se discutent avec un gynécologue, un endocrinologue ou un médecin formé à la prise en charge de la ménopause.
SOURCES
Labrie F. DHEA and intracrinology at menopause, a positive choice for evolution of the human species. Climacteric, 2013.
EMA. Intrarosa (prastérone) : information produit officielle. ema.europa.eu
Vidal. Intrarosa, nouveau médicament dans la prise en charge de l'atrophie vulvovaginale. vidal.fr
Labrie F. et al. Intravaginal prasterone (DHEA) against vulvovaginal atrophy associated with menopause. Climacteric, 2018.



Commentaires