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Cancers, péri/ménopause, traitements et autres questions hormonales

il y a 8 minutes
7 min de lecture

Recevoir un diagnostic de cancer entre 40 et 55 ans, c'est souvent découvrir en même temps qu'on va devoir traverser une ménopause qu'on n'avait pas anticipée. Les symptômes s'accumulent, les causes se superposent, et les consultations oncologiques ne laissent pas toujours assez de place pour poser toutes les questions. Voici 7 questions fréquentes que vous pouvez vous poser après avoir reçu un diagnostic.



Un cancer hormono-dépendant, ou non ?

Un cancer hormonodépendant est un cancer dont les cellules portent des récepteurs aux hormones sexuelles, ce qui signifie que les estrogènes ou la progestérone peuvent stimuler leur croissance. C'est le cas de la majorité des cancers du sein : sur le compte-rendu d'anatomopathologie, on parle de récepteurs positifs, notés ER+ (estrogènes) ou PR+ (progestérone). Certains cancers de l'endomètre (la paroi interne de l'utérus) et certains types de cancers de l'ovaire sont également hormonodépendants. Pour ces cancers, apporter des hormones de l'extérieur via un traitement hormonal de la ménopause pourrait alimenter une éventuelle cellule résiduelle : c'est pourquoi le THM est généralement contre-indiqué dans ces situations.

les cancers non hormonodépendants, la situation est différente : une femme traitée pour un lymphome, un cancer colorectal, un cancer du col de l'utérus ou un sarcome peut se retrouver en ménopause induite par les traitements, sans que son cancer lui-même soit sensible aux hormones. La question du THM n'est pas automatiquement fermée par le diagnostic mais c'est une décision médicale à évaluer avec votre oncologue.

Le cancer de la thyroïde constitue un troisième cas. Son traitement ne provoque généralement pas de ménopause à proprement parler puisque la thyroïde n'a pas de lien direct avec les ovaires, mais l'hypothyroïdie qui suit l'ablation de la thyroïde produit des symptômes très proches de ceux de la périménopause (fatigue, brouillard mental, troubles du sommeil, prise de poids, etec.) ce qui rend le suivi de tous ces troubles particulièrement important, pour échanger avec votre oncologue et tenter de ne pas confondre les deux.


Les traitements du cancer peuvent-ils provoquer une ménopause ?

Voici quelques éléments de réponse :

  • La chirurgie qui retire les deux ovaires provoque une ménopause immédiate et définitive.

  • La chimiothérapie peut endommager les ovaires et entraîner un arrêt définitif des règles, mais cela dépend des médicaments utilisés, des doses reçues et de l'âge.

  • Certaines chimiothérapies sont beaucoup plus toxiques pour les ovaires que d'autres. Chez une femme de 40 ans, le risque d'arrêt définitif des règles est significativement plus élevé que chez une femme de 30 ans recevant le même traitement.

  • La radiothérapie dans la zone pelvienne entraîne presque toujours une ménopause définitive, puisque les ovaires sont directement exposés aux rayonnements.

  • Une radiothérapie cérébrale peut également perturber la régulation hormonale comme elle peut atteindre les zones du cerveau qui commandent les ovaires, sans que ceux-ci soient touchés.

  • Certains traitements hormonaux comme le tamoxifène ou les inhibiteurs d'aromatase ne provoquent pas à proprement parler une ménopause, mais ils bloquent les effets des estrogènes dans le corps, ce qui produit des symptômes très similaires.

  • Les analogues de la GnRH induisent quant à eux une suppression ovarienne temporaire, généralement réversible à l'arrêt du traitement.


Comment distinguer les effets secondaires des traitements et les symptômes de la ménopause ?

C'est l'une des questions les plus difficiles, et la réponse est malheursuement que la distinction n'est souvent pas possible, les deux réalités coexistant et se renforçant mutuellement : la fatigue, le brouillard mental, les troubles du sommeil, les douleurs articulaires, la prise de poids et les variations d'humeur sont communs à la fois aux effets des traitements et aux conséquences de la carence en estrogènes. Certains éléments orientent cependant vers l'une ou l'autre cause :

  • les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes sont très caractéristiques de la chute estrogénique, même si la chimiothérapie peut également les déclencher.

  • Les douleurs articulaires sous inhibiteurs d'aromatase ont un profil particulier, souvent symétrique et plus marqué le matin, différent des douleurs articulaires d'origine hormonale classique.

  • Le brouillard cognitif post-chimiothérapie a été documenté comme phénomène indépendant, même si en pratique il est très difficile à dissocier de l'effet hormonal.


Ce qui peut vous aider : noter avec précision ce qui se passe, quand les symptômes ont commencé, comment ils évoluent dans le temps, et leur relation avec les cycles de traitement. Ces observations, apportées lors des consultations, permettent à l'équipe soignante d'ajuster la prise en charge plus efficacement.


Peut-on prendre un THM après un cancer ?

La réponse varie selon le type de cancer et ne peut pas être tranchée de manière générale :

  • pour les cancers du sein hormonodépendants, le THM systémique est généralement contre-indiqué.

  • pour les cancers du sein triple négatifs, qui n'expriment pas ces récepteurs, la question est plus ouverte et certaines équipes l'envisagent au cas par cas.

  • Pour les cancers de l'endomètre, la réponse dépend du type histologique : les formes hormonodépendantes sont une contre-indication habituelle, d'autres types histologiques permettent une discussion différente.

  • Pour les cancers de l'ovaire, certains profils permettent d'envisager un THM, notamment chez les femmes jeunes confrontées à une ménopause chirurgicale.


La ménopause précoce induite par les traitements comporte elle-même des risques documentés pour la santé à long terme, sur les os, le cœur et les fonctions cognitives. Cette balance entre le risque de récidive et le risque lié à la privation hormonale précoce est évaluée par votre oncologue.



Si le THM est contre-indiqué, quelles sont les alternatives pour les bouffées de chaleur et la sécheresse vaginale ?

Les options ont évolué ces dernières années et le paysage thérapeutique est sensiblement plus riche qu'il y a dix ans : Pour les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes :

  • les antidépresseurs de la famille des IRSN comme la venlafaxine ont montré une efficacité significative, avec une réduction des bouffées de l'ordre de 50 à 60%.

  • Une nouvelle classe de médicaments, les antagonistes des récepteurs NK3, dont le fézolinétant, a obtenu des autorisations récentes au Royaume-Uni et aux États-Unis. Ils agissent directement sur la régulation de la température corporelle sans passer par les hormones, avec une efficacité démontrée en essai clinique.

  • La thérapie cognitivo-comportementale ciblée sur les bouffées de chaleur a également un niveau de preuve sérieux et peut être proposée par certains psychologues formés à cette approche.

Pour la sécheresse vaginale :

  • les hydratants à base d'acide hyaluronique utilisés régulièrement, plusieurs fois par semaine et pas uniquement avant les rapports, constituent le premier recours.

  • L'estrogène vaginal local à très faible dose est parfois envisagé même après un cancer du sein, notamment chez les femmes sous tamoxifène dont la gêne est sévère et les alternatives insuffisantes : l'absorption systémique est très faible à ces doses, mais cette décision revient à l'oncologue.



Comment prendre soin de ses os et de son cœur sans THM ?

La ménopause précoce, qu'elle soit chirurgicale, médicamenteuse ou induite par les traitements, expose à une perte osseuse accélérée et à un risque cardiovasculaire augmenté sur le long terme.

Pour la santé osseuse, une ostéodensitométrie permet de mesurer la densité osseuse et d'orienter la prise en charge. Un apport suffisant en calcium et en vitamine D est indispensable. L'activité physique avec port de charges m(usculation, marche rapide, montée d'escaliers) est l'intervention non médicamenteuse la mieux documentée pour maintenir la masse osseuse. Si la densité osseuse est compromise, des traitements spécifiques peuvent être envisagés, avec des molécules déjà utilisées en oncologie pour protéger les os dans certains protocoles de traitement.

Pour la santé cardiovasculaire, les facteurs de risques classiques doivent être surveillés et pris en charge d'autant plus rigoureusement que la protection naturelle des estrogènes a disparu plus tôt que prévu. Tension artérielle, bilan lipidique, glycémie, sédentarité et tabac sont les leviers principaux.



Les approches complémentaires peuvent-elles aider, et lesquelles choisir ?

Certaines approches paramédicales ont un niveau de preuve suffisant pour être envisagées en complément du suivi médical. La condition est toujours la même : en informer son oncologue avant de commencer, "naturel" ne voulant pas dire "sans interaction avec les traitements".


  • L'acupuncture est l'approche complémentaire la mieux documentée dans ce contexte. Plusieurs études montrent une réduction des bouffées de chaleur et une amélioration de la qualité du sommeil chez les femmes traitées pour un cancer. Elle est mentionnée dans les recommandations de plusieurs sociétés savantes en oncologie intégrative.

  • Le shiatsu et les massages peuvent contribuer à réduire la fatigue, l'anxiété et les tensions musculaires liées aux traitements. Une précaution s'impose cependant : les zones proches d'une cicatrice chirurgicale récente, d'une radiothérapie ou d'un curage ganglionnaire (risque de lymphœdème) doivent être évitées. Un praticien formé à l'accompagnement des personnes en cours ou en sortie de traitement oncologique est préférable.

  • L'hypnose et la sophrologie, utilisées spécifiquement pour les bouffées de chaleur et l'anxiété, ont également montré des résultats intéressants dans des études récentes. Elles présentent l'avantage de n'avoir aucune interaction médicamenteuse.


La phytothérapie et les compléments alimentaires demandent en revanche une vigilance particulière.

  • Certaines plantes couramment utilisées pour la ménopause (soja et ses isoflavones, le trèfle rouge, l'actée à grappes noires) ont une activité proche de celle des estrogènes dans le corps. Pour une femme dont le cancer est hormonodépendant, leur utilisation est déconseillée ou contre-indiquée.

  • Le millepertuis, souvent utilisé pour les troubles de l'humeur, interagit avec de nombreux médicaments anticancéreux et peut en réduire l'efficacité de façon significative : il est formellement déconseillé pendant les traitements.

  • Les antioxydants à forte dose (vitamine C, vitamine E, sélénium) font l'objet d'un débat en oncologie, certains travaux suggérant qu'ils pourraient interférer avec l'efficacité de la chimiothérapie.

Avant tout complément alimentaire, plante ou produit : parlez-e, à votre oncologue.


Et enfin : si vous venez de recevoir un diagnostic ou si vous accompagnez une femme dans cette situation, des associations spécialisées proposent des ressources fiables et un soutien adapté :

Rose Up accompagne les femmes touchées par un cancer du sein avec des informations médicales vérifiées, un soutien psychologique et une communauté active. L'Institut National du Cancer publie des guides patients sur les effets des traitements, accessibles gratuitement. Seintinelle permet aux femmes concernées de contribuer à la recherche et d'accéder à des informations régulièrement mises à jour.


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