top of page

Cancers, péri/ménopause, traitements et autres questions hormonales

24 sept.
9 min de lecture

Recevoir un diagnostic de cancer entre 40 et 55 ans, c'est souvent découvrir en même temps qu'on va devoir traverser une ménopause qu'on n'avait pas anticipée. Les symptômes s'accumulent, les causes se superposent, et les consultations oncologiques ne laissent pas toujours assez de place pour poser toutes vos questions. Voici quelques débuts de réponses pour les 7 questions les plus fréquentes :



Un cancer hormono-dépendant, ou non ?

Un cancer hormonodépendant est un cancer dont les cellules portent des récepteurs aux hormones sexuelles : les estrogènes ou la progestérone peuvent alors stimuler leur croissance. C'est le cas de la majorité des cancers du sein. Certains cancers de l'endomètre, la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus, certains cancers de l'ovaire et certains sarcomes de l'utérus sont également sensibles aux hormones. Pour ces cancers, apporter des hormones de l'extérieur par un traitement hormonal de la ménopause (THM) risquerait de stimuler d'éventuelles cellules tumorales résiduelles, ce qui explique que ce traitement soit le plus souvent contre‑indiqué.

Pour les cancers non hormonodépendants, la situation est différente. Une femme traitée pour un lymphome, un cancer colorectal ou un cancer épidermoïde du col de l'utérus peut se retrouver ménopausée à cause des traitements sans que son cancer soit lui‑même sensible aux hormones. Le diagnostic ne ferme alors pas automatiquement la porte au THM, mais la décision reste médicale et se prend avec votre oncologue.

Le cancer de la thyroïde constitue un cas à part. Son traitement ne provoque généralement pas de ménopause, puisque la thyroïde n'agit pas directement sur les ovaires. Mais après l'ablation, la thyroïde est remplacée par un traitement substitutif, et tant que le dosage n'est pas parfaitement équilibré, il peut produire des symptômes très proches de ceux de la périménopause. Un sous‑dosage entraîne fatigue, brouillard mental et prise de poids, tandis qu'un dosage volontairement élevé, fréquent dans ce contexte, peut provoquer palpitations, sueurs et insomnie.


Les traitements du cancer peuvent-ils provoquer une ménopause ?

Oui, mais tous ne le font pas de la même manière, ni avec la même intensité.

La chirurgie qui retire les deux ovaires provoque une ménopause immédiate et définitive.

La chimiothérapie peut endommager les ovaires et entraîner un arrêt des règles, temporaire ou définitif. Le risque dépend des médicaments utilisés, certains agents étant particulièrement toxiques pour les ovaires, ainsi que des doses reçues et surtout de l'âge : à traitement égal, une femme de 40 ans a un risque nettement plus élevé de ne jamais retrouver ses règles qu'une femme de 30 ans.

La radiothérapie de la région pelvienne entraîne presque toujours une ménopause définitive lorsque les ovaires se trouvent dans le champ d'irradiation, sauf s'ils ont été déplacés chirurgicalement avant le traitement, une intervention appelée transposition ovarienne. Une radiothérapie cérébrale peut elle aussi perturber l'équilibre hormonal lorsqu'elle atteint l'hypothalamus ou l'hypophyse, les zones du cerveau qui commandent les ovaires, sans que ceux‑ci soient directement touchés.

Les hormonothérapies du cancer du sein agissent différemment. Le tamoxifène bloque l'action des estrogènes sur certains tissus, tandis que les inhibiteurs de l'aromatase en réduisent la production. Ces derniers ne sont prescrits qu'aux femmes déjà ménopausées, ou dont les ovaires sont mis au repos par un autre traitement. Aucune de ces molécules ne provoque à proprement parler une ménopause, mais toutes deux produisent des symptômes très proches. Sous tamoxifène, une femme non ménopausée peut d'ailleurs continuer à avoir des cycles, parfois irréguliers, et doit alors utiliser une contraception non hormonale.

Enfin, les analogues de la GnRH mettent les ovaires au repos de façon temporaire, et cet effet est généralement réversible à l'arrêt du traitement. On les utilise parfois pendant une chimiothérapie pour tenter de protéger les ovaires.


Comment distinguer les effets secondaires des traitements et les symptômes de la ménopause ?

C'est l'une des questions les plus difficiles, et la réponse est malheureusement que cette distinction est souvent impossible, car les deux réalités coexistent et se renforcent. Fatigue, brouillard mental, troubles du sommeil, douleurs articulaires, prise de poids et variations d'humeur peuvent relever aussi bien des traitements que du manque d'estrogènes.

Certains éléments orientent cependant le diagnostic : > Les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes sont très caractéristiques de la chute des estrogènes, qu'elle soit provoquée par la chirurgie, la chimiothérapie ou l'hormonothérapie. > Les douleurs articulaires sous inhibiteurs de l'aromatase, liées elles aussi à la privation d'estrogènes, sont souvent plus intenses que celles de la ménopause naturelle : elles touchent fréquemment les mains, les poignets et les genoux de façon symétrique, avec une raideur marquée le matin, et apparaissent en général dans les premiers mois de traitement. > Les troubles cognitifs observés après une chimiothérapie sont un phénomène documenté à part entière, même s'il reste très difficile, en pratique, de les distinguer de l'effet hormonal.

Ce qui peut vous aider : noter précisément ce que vous ressentez, quand les symptômes ont commencé, comment ils évoluent et quel lien ils semblent avoir avec les cycles de traitement. Apportées en consultation, ces observations permettent à l'équipe soignante d'ajuster votre prise en charge.


Peut-on prendre un THM après un cancer ?

La réponse dépend du type de cancer et ne peut pas être tranchée de manière générale.

Après un cancer du sein, le THM par voie générale est contre‑indiqué dans la plupart des recommandations, quel que soit le statut des récepteurs hormonaux. Pour les cancers dits triple négatifs, qui n'expriment pas ces récepteurs, quelques équipes en discutent au cas par cas lorsque les symptômes sont très invalidants, mais les données restent insuffisantes pour en faire une pratique courante.

Pour le cancer de l'endomètre, les données disponibles sont plutôt rassurantes dans les formes précoces à faible risque : une méta‑analyse n'a pas montré d'augmentation des récidives chez les femmes traitées par THM, qui peut donc se discuter dans cette situation. Il est en revanche généralement évité dans les formes avancées ou à haut risque.

Pour le cancer de l'ovaire, tout dépend du type de tumeur. Dans certaines formes fréquentes, un THM peut être envisagé, en particulier chez les femmes jeunes confrontées à une ménopause chirurgicale. Il est en revanche évité dans les formes sensibles aux hormones. Après un cancer épidermoïde du col de l'utérus, qui n'est pas hormonodépendant, le THM est généralement possible.

Il faut garder à l'esprit qu'une ménopause précoce comporte elle aussi des risques documentés à long terme pour les os, le cœur et les fonctions cognitives. C'est cette balance entre le risque de récidive et le risque lié à la privation hormonale que votre oncologue évalue avec vous.


Si le THM est contre-indiqué, quelles sont les alternatives pour les bouffées de chaleur et la sécheresse vaginale ?

Les options se sont nettement enrichies ces dernières années.

Contre les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes, certains antidépresseurs prescrits à faible dose, comme la venlafaxine, réduisent sensiblement la fréquence des bouffées, de l'ordre de moitié dans plusieurs essais. Une précaution importante s'impose si vous prenez du tamoxifène : la paroxétine et la fluoxétine diminuent son efficacité et doivent être évitées, ce qui explique que la venlafaxine soit généralement préférée. La gabapentine et l'oxybutynine font également partie des alternatives non hormonales proposées.

Une nouvelle classe de médicaments agit directement sur le centre cérébral de régulation de la température, sans passer par les hormones. Le fézolinétant est autorisé en Europe depuis fin 2023, avec une surveillance du foie obligatoire, mais ses essais n'incluaient pas de femmes ayant eu un cancer. L'élinzanétant, de la même famille, a en revanche été testé spécifiquement chez des femmes sous hormonothérapie pour un cancer du sein, et a montré une réduction nette des bouffées de chaleur dès la première semaine. L'agence américaine du médicament examine cette indication en procédure prioritaire depuis septembre 2026. Interrogez votre oncologue sur sa disponibilité en France.

La thérapie cognitive et comportementale centrée sur les bouffées de chaleur a également fait ses preuves, y compris dans des essais menés auprès de femmes traitées pour un cancer du sein. Elle peut être proposée par des psychologues formés à cette approche.

Contre la sécheresse vaginale, les hydratants vaginaux, notamment à base d'acide hyaluronique, constituent le premier recours, à condition de les utiliser régulièrement, plusieurs fois par semaine, et pas seulement avant les rapports. Les estrogènes vaginaux à très faible dose peuvent parfois être envisagés même après un cancer du sein, plus volontiers chez les femmes sous tamoxifène que sous inhibiteurs de l'aromatase, lorsque la gêne est importante et que les autres solutions ont échoué. Leur passage dans le sang est très faible à ces doses, mais la décision revient à votre oncologue.


Comment prendre soin de ses os et de son cœur sans THM ?

Une ménopause précoce, qu'elle soit chirurgicale ou provoquée par les traitements, accélère la perte osseuse et augmente le risque cardiovasculaire à long terme. Les inhibiteurs de l'aromatase accentuent encore la fragilité osseuse.

Pour les os, une ostéodensitométrie mesure la densité osseuse et oriente la prise en charge. Elle est recommandée en particulier au début d'un traitement par inhibiteur de l'aromatase. Des apports suffisants en calcium et en vitamine D sont indispensables. L'activité physique avec mise en charge (marche rapide, montée d'escaliers, renforcement musculaire) est l'intervention non médicamenteuse la mieux documentée pour préserver la masse osseuse. Si la densité est trop basse, des traitements spécifiques peuvent être prescrits, notamment des bisphosphonates ou le dénosumab, déjà utilisés en oncologie pour protéger les os.

Pour le cœur, les facteurs de risque classiques (tension artérielle, cholestérol, glycémie, sédentarité, tabac) doivent être surveillés d'autant plus rigoureusement que la protection naturelle des estrogènes a disparu plus tôt que prévu. Certains traitements du cancer, comme certaines chimiothérapies, certaines thérapies ciblées ou la radiothérapie du sein gauche, peuvent aussi fragiliser le cœur. C'est une raison supplémentaire d'en parler avec votre médecin et, si besoin, avec un cardiologue.


Les approches complémentaires peuvent-elles aider, et lesquelles choisir ?

Certaines approches ont un niveau de preuve suffisant pour être envisagées en complément du suivi médical, à une condition qui ne varie jamais : en informer votre oncologue avant de commencer, car une approche naturelle n'est pas pour autant dépourvue d'interactions avec les traitements.

L'acupuncture est l'approche complémentaire la mieux documentée dans ce contexte : plusieurs études montrent une réduction des bouffées de chaleur et une amélioration du sommeil chez les femmes traitées pour un cancer, et elle figure dans les recommandations de plusieurs sociétés savantes d'oncologie intégrative.

L'hypnose a montré une réduction significative des bouffées de chaleur dans des essais menés auprès de femmes traitées pour un cancer du sein. Elle n'entraîne aucune interaction médicamenteuse. La sophrologie peut aider à gérer l'anxiété, mais les études sur son efficacité contre les bouffées de chaleur restent non concluantes.

Les massages et le shiatsu peuvent contribuer à réduire la fatigue, l'anxiété et les tensions liées aux traitements. Ils supposent des précautions, notamment d'éviter les pressions appuyées sur une cicatrice récente, sur une peau irradiée ou sur un bras exposé au risque de lymphœdème, et de les proscrire en cas de métastases osseuses, de thrombose ou de plaquettes trop basses. Privilégiez un praticien formé à l'accompagnement des personnes en cours de traitement ou en sortie de traitement.

La phytothérapie et les compléments alimentaires demandent en revanche une vigilance particulière. Les compléments d'isoflavones de soja et le trèfle rouge ont une activité proche de celle des estrogènes et sont déconseillés en cas de cancer hormonodépendant, alors que le soja consommé dans l'alimentation est généralement considéré comme sans risque. L'actée à grappes noires ne semble pas avoir d'effet estrogénique sur le sein ou l'utérus, mais elle présente un risque pour le foie, et ses interactions avec les traitements restent mal connues. Le millepertuis, souvent utilisé contre les troubles de l'humeur, réduit l'efficacité de nombreux médicaments anticancéreux et doit être proscrit pendant les traitements. Enfin, les antioxydants à forte dose (vitamine C, vitamine E, sélénium) font débat, car certains travaux suggèrent qu'ils pourraient diminuer l'efficacité de la chimiothérapie ou de la radiothérapie.

Avant tout complément alimentaire, plante ou produit : parlez‑en à votre oncologue.


Et enfin Si vous venez de recevoir un diagnostic ou si vous accompagnez une femme dans cette situation, des associations spécialisées proposent des ressources fiables et un soutien adapté :

Rose Up accompagne les femmes touchées par un cancer du sein avec des informations médicales vérifiées, un soutien psychologique et une communauté active. L'Institut National du Cancer publie des guides patients sur les effets des traitements, accessibles gratuitement. Seintinelle l'association met en relation des citoyens volontaires, malades ou non, avec des chercheurs en cancérologie, sans se limiter aux femmes concernées.


Sources



Commentaires


QUI SOMMES-NOUS
Ventilo Care est un espace d'éducation et de formation à la péri/ménopause, pour les femmes qui la vivent et pour les professionnel.les qui les accompagnent, afin qu'ils et elles ajustent leur pratique en conséquence.

Notre ambition : constituer autour de chaque femme un premier cercle de compétences pour reconnaître et prévenir l'impact hormonal, et que la ménopause ne devienne pas une pathologie.
Les contenus publiés sur ce site s’appuient sur une veille scientifique et sont relus par le comité scientifique de Ventilo, mais ne remplacent en aucun cas une consultation médicale.
Nous avons chacune notre parcours unique : discutez toujours de vos choix de santé avec un·e professionnel·le qualifié·e.

Ventilo accompagne également les entreprises qui souhaitent répondre aux enjeux de la péri/ménopause dans leur métier via des conférences & ateliers. En savoir plus.

  • Instagram
  • LinkedIn

Ventilo Care I © 2026

bottom of page